dimanche 16 mars 2014

Le Grand Déconodrôme

Petite devinette.
Qu’est-ce qui existe en Australie, en Malaysie, en Chine, en Espagne, à Monaco, au Canada, en Autriche, en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Hongrie, en Belgique, en Italie, à Singapour, au Japon, en Russie, aux USA, au Brésil, à Abu Dhabi, mais qui n’existe pas en France ?

Vous avez deviné. Chacun de ces pays si divers célèbre une étape du prestigieux Championnat du Monde de Formule 1.
Le dernier Grand Prix de France a eu lieu il y a six ans, comme le temps passe, et n’est pas près de ressusciter.

En tête du peloton

C’était le plus ancien. Le premier GP de France a été couru le 26 juin 1906. La France est alors pionnière dans le domaine de l’automobile. En 1862, Alphonse Beau de Rochas théorise le cycle à quatre temps du moteur à combustion interne.
Et cela continue d’innover, avec Panhard, Levassor, les frères Michelin. Notre pays court en tête du peloton des constructeurs. La France représente plus de cinquante pour cent de la production automobile mondiale, en grande partie grâce à l’aura conféré par la compétition automobile.
On dira qu’aujourd’hui, il y a loin entre la voiture de course et celle de série. Si loin que ça, quand on voit que les systèmes de récupération d’énergie sur les F1 2014 permettent un apport de puissance d’environ 25 %, sans rien coûter en carburant ?
(- Plus de puissance, pourquoi ? Pour aller plus vite ? Assassin ! - Pour consommer moins à performance égale, stupide !)


Potentiellement criminel


Bref regard nostalgique sur le passé. Deux pays proches, deux destins. En France, l’idéologie du transport collectif, si profitable à certains mafieux services publics, a pratiquement tué l’industrie automobile. En Allemagne, on a accepté que l’automobile soit un moyen de transport comme un autre, en laissant le choix et en créant les infrastructures nécessaires. Résultat, les constructeurs français survivent tant bien que mal, plus ou moins soutenus par celui qui les a fait trébucher – L’État. En Allemagne, Mercedes et VAG prospèrent. Il a fallu bien des Montebourg et des Jouanno pour en arriver là.
Pourquoi cette exception française, dans un domaine où la compétition est dure (le secteur automobile), où seule l’excellence permet d’être présent : la compétition automobile au sommet, où rivalisent dans chaque écurie des centaines d’ingénieurs du plus haut niveau ; sans parler des pilotes, bien sûr.
Pourquoi, quand on parle de l’automobile et du transport routier en général, qui assure plus de 90% des déplacements de personnes et des biens malgré les difficultés de circulation, les taxes spécifiques et la pluie des amendes, pourquoi pénètre-t-on dans le Grand Déconodrôme ?
Le formatage des esprits en est la cause évidente. Le transport individuel au moyen d’un véhicule à moteur a été discrédité grâce au procédé classique de la culpabilisation, afin que l’usager ne se rebelle pas. Il s’agit de désigner l’utilisateur d’un véhicule à quatre roues comme un criminel en puissance (certains le sont effectivement), et cette idée a pour dérivée celle de la prévention routière, qui consiste en gros à punir celui qui n’a commis aucun tort à autrui (sinon à un règlement), mais qui serait susceptible de le faire.
(Potentiellement coupable, cela vous rappelle quelque chose ?)
Le thème qui sous-tend ce conditionnement est celui de la dangerosité de l’automobile. On va jusqu’à parler d’un génocide routier.
(Non, toujours rien ?)
L’excès est-il insignifiant ? Pas quand il s’agit de mater le troupeau ahuri des cochons de payants.

Statistiques artificieuses

Il convient donc ici de questionner le credo de la dangerosité automobile, bâti à force de chiffres trafiqués, ou astucieusement présentés.
La dangerosité d’une         activité s’évalue en fonction du nombre de participants rapporté à celui des victimes. Pour les transports, l’accidentologie s’exprime en millions de kilomètres/passagers. C'est la seule méthode valable. Parler de 4000 morts, plus ou moins, n'a rien de scientifique. Mais ça en jette, Madame Perrichon le sait bien.
Le parc automobile français dépasse 38 millions de véhicules, qui parcourent annuellement 15 000 kilomètres environ, avec à bord un peu plus d'une personne. Soit, à la louche, six cent mille millions de kilomètres/passagers. Un chiffre suivi de  huit zéros, à rapporter aux 4000 morts annuels.
L'accidentologie de la voiture est, en Europe, de +/- 0.7 morts par 100 millions de km/passagers. Celle du deux-roues de 13,8. Celle du déplacement pédestre de 6,4 (tués par des voitures, diront les ricaneurs). Celles du transport nautique de 0,25, soit seulement 3 fois moins que l'automobile. Celle du transport aérien de 0,035, soit seulement 20 fois moins.
Seulement ? Oui, seulement, lorsqu'on songe à ce que le transport routier est ouvert à tout un chacun, ou presque, et à comparer avec toutes les mesures de sécurité qui entourent le transport aérien.
Statistiques artificieuses ? L’une d’elles vaut son pesant de cacahuètes : on constatait que les femmes avaient beaucoup moins d’accidents que les hommes, ces machos qui mesurent leur degré de virilité à la longueur du capot de leur bagnole.
C’était exact.
J’ai pu constater qu’aux Îles Tonga, il n’y a pratiquement aucun accident de la route. Les Tongais, peuple éminemment pacifique comme on sait, doivent être des gens rudement prudents, et seuls de mauvais esprits insinueront que l’absence de route peut expliquer cela.
Il serait vain de réfuter point par point les inepties qui jalonnent le Grand Déconodrôme, et qui valent aux Français, pour une bonne part, d’être absents de cette grand’messe de l’automobile qu’est le Championnat du Monde de F1. Si l’automobile c’est le mal, que penser de son apothéose toute satanique !
La bagnole, c’est pas bien, Denis Baupin – dont je n’ose mettre le patronyme au féminin – ne vous le répétera jamais assez. C’est pas bien, parce que ça pollue, c’est bruyant, c’est dangereux. Cela en oubliant que le transport individuel par voie routière, qui va de porte à porte sans solution de continuité, est facteur de liberté et, par là, de fluidité des échanges et de développement économique.
Trop libérale, la faculté de se déplacer à sa guise ? Vive le collectivisme et le troupeau !

Caprices de potentat

Le Français est autophobe, constatait amèrement le quadruple champion du monde Alain Prost après ses vaines tentatives pour ressusciter un Grand Prix de France. Des projets solides ont été montés, et soumis à l’approbation du Ministre d’État aux sports. En novembre 2014, c’était Chantal Jouanno, ancienne ministre de l’écologie et adepte du Velib. Chantal a noyé le poisson dans la nappe phréatique et la « compensation carbone », une de nos superbes usines à gaz.

Fin de la récréation. De toute façon, aujourd’hui, c’est trop tard dans une France économiquement exsangue. Le dernier Grand Prix de France a eu lieu à Magny-Cours, près de Nevers ; site malencontreux en raison d’un réseau routier anémique et d’une capacité hôtelière dérisoire. Mais Mitterrand avait voulu faire plaisir à Beregovoy, de même que l’État avait puisé dans les poches du contribuable pour soutenir l’écurie Ligier.
Caprices de potentat.
Et c’est le moment de rappeler que le sport automobile exige de gros investissements en infrastructure, comme les autres sports, mais que le coût de fonctionnement ne doit rien au secteur public.

Il faut aussi rappeler tardivement à maman Jouanno, dont le féminisme ne saurait être mis en doute, que le sport automobile est le moins sexiste qui soit, puisque les femmes ont toute latitude d’y concourir à égalité avec les hommes.
Certes, elles n’ont pas brillé jusqu’ici, mais elles ne sont pas ostracisées. La dernière recrue du team Williams, lui-même dirigé par l’autrichienne Monisha Kaltenborn, est Simona de Silvestro. La jeune Suisse a beaucoup de travail en perspective pour se mettre à niveau, mais aucune porte ne s’est fermée devant elle (au contraire, une femme sur la grille de départ, quelle bonne publicité !)

D’autres sports, rares, sont ouverts aux femmes sans distinction de sexe, comme l’équitation. Certaines, même, y dominent souvent les concurrents hommes, comme dans le dressage…

(Aïe !)

L’autophobie, j’en perçois comme un lointain écho venant du jardin public où j’emmenais ma fille.
Les enfants aiment courir, aller vite ; plus tard, avec des jouets d’adulte qui vont plus vite.

(et rien de tel que de rouler sur un circuit de vitesse pour que le jeune adulte ne fasse pas joujou sur les roues ouvertes, croyez-moi).

Au jardin, on entend des mères inquiètes : « Ne cours pas, tu vas tomber ! » Et l’enfant tombe, naturellement !

L’homme est un enfant qui joue, disait Nietzsche. Le jeu, c’est aussi la confrontation sportive, la compétition.

Les femmes sont généralement trop sérieuses pour jouer. La compétition, quelle horreur !


La gynocratie, c’est aujourd’hui.


Prochain billet : L'itinéraire d'un enfant martyr

dimanche 9 mars 2014

Sauve-qui-peut, les garçons !

 Il y a quelque mois, comme le temps passe, je me moquais dans Nouvelles de France de cette idéologie du gender, « cet archaïsme qui se veut moderne ».

Mieux informé, je n’enlève rien de ce que j’ai écrit, mais je m’aperçois que l’action du couple infernal Peillon/Belkacem n’est pas seulement une de ces fumisteries à la mode qu’adorent les faiseurs de systèmes-qui-branlent-dans-le-manche-au-moindre-examen.

Il s’agit donc de « déconstruire les stéréotypes », puisque, la main sur le cœur, il n’y a pas de « théorie du genre » enseignée aux bambins.
Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais j’adore « déconstruire ».
Cela vous a un petit air gentil, innocent , ces petites briques qu’on défait comme un jeu de Lego. Rien à voir avec le vilain mot de « détruire ».

Toujours dans NdF, Christian Vanneste a fait un sort aux chasseurs de stéréotypes, ces sales animaux cuirassés de certitudes, mais sans doute nécessaires à l’équilibre des individus comme à celui des sociétés. Un thème sur lequel je reviendrai si j’ai le temps.

Toujours est-il que l’on peut toujours opposer des stéréotypes à d’autres stéréotypes.
Au petit serpent Najat, qui déclarait en 2012 que « les stéréotypes, ça se construit dès le plus jeune âge, j’ai envie de demander : quand, et comment se sont construits les tiens ?

(Je tutoies le petit serpent, c’est la seule familiarité que je puisse partager, hélas, avec elle lui.)

D’où viennent tes courtes certitudes, qui sont à la pensée conceptuelle ce que le pavillon « Ça m’suffit » est au Pont de Tancarville ?

J’imagine les longues nuits de studieuses insomnies, le long parcours universitaire, la fréquentation intime des meilleurs auteurs, les redoutables questionnements, que le petit serpent aurait dû affronter avant que de nous délivrer son  profond message, et décider de libérer nos enfants de leurs stéréotypes, cela « dès leur plus jeune âge ». Je ne lui en veux pas de s’être contenté de l’air du temps ; sinon, comment devenir Ministre à l’âge où la beauté excuse tout ?
Un Ministre, ça cause, ça minaude, ça psittacise, ça ne pense pas.

Des clichés plus ou moins ressemblants

« Stéréotype ! Stéréotype ! Est-ce que j’ai une tête de stéréotype ? »
Oui, petit serpent. Le stéréotype du tout-acquis, et celui de l’égalité. L’un est erroné, mais il aurait fallu pour le savoir pousser un peu tes études côté génétique, et si possible hors de l’usine à formatage. L’autre ne signifie rien, et n’est qu’un slogan.

Tout stéréotype est caricature d’un réel complexe, mais il y a des clichés plus ou moins ressemblants que d’autres. Les tiens ne sont pas des clichés, ce sont carrément des faux.

(ici me vient un doute : a-t-on le droit d’attaquer une femme ad hominem ?)

Déconstruire, dit-elle.
Sur qui opèrera cette fameuse déconstruction ? Sur les garçons comme sur les filles ?
Mon sale esprit de contradiction me souffle qu’un conditionnement identique n’a pas le même résultat sur des esprits différents, en l’occurrence l’esprit féminin et l’esprit masculin.

Petit détour par la génétique

(je sais, c’est pas beau, c’est pas bisounours, la génétique. Tant pis.)

On sait que la différenciation sexuelle dépend de la présence, ou l’absence, du petit chromosome Y porté par le géniteur. Le fœtus reste indifférencié jusqu’à plus ou moins cinquante jours, puis le Y fait le seul boulot dont il soit capable, le fainéant : organiser des testicouilles à la place d’un ovaire. Les dites testicouilles sécrètent un androgène, la testostérone, qui orienteront le sexe de base, féminin, dans le sens masculin.

(Ouah ! Le sexe féminin, sexe de base ! C’est nous les championnes ! Petit serpent a dû battre des ailes frétiller de la queue en apprenant ça, en cours de biologie élémentaire !)

Mais l’orientation masculine reste fragile au cours de l’ontogénèse (c’est dans wiki, petit serpent). « Chez les mâles (…), le testicule fœtal doit activement s’opposer à la réalisation des structures féminines et imposer la formation des organes mâles » (Alfred Jost, Professeur au Collège de France, cité dans Le Fait féminin (Evelyne Sullerot).

(Pas si paresseux que ça, finalement, le petit Y !)

Plusieurs phases critiques entrent en jeu, in utero et à l’adolescence. La sexualisation masculine, y comprise la sexualisation du cerveau, peut être comparée à un train qui, faute des bons aiguillages aux bons moments, s’oriente vers la féminisation.
Et s’il est vrai que si l’on injecte de la testostérone aux femelles, on obtient des comportements de « garçon manqué » (j’adore), il s’agit bien d’un artifice d’un côté, d’une carence de l’autre. Ce n’est pas équivalent.

Bref, on peut dire sans caricaturer que, du point de vue de l’orientation sexuelle, le mâle est le sexe fragile, et la femelle le sexe fort.
Sexe fragile dans son orientation sexuelle, il n’est pas interdit de penser que le mâle l’est aussi dans sa psychosexualité (encore un anacoluthe, pardon).

Activités spontanées

Les études montrent que le psychisme des garçons et des filles, s’il n’est pas déterminé de part en part, est assez typique de leur sexe, depuis le plus jeune âge. L’observation de leurs activités spontanées, à cinq ou six ans, montre à quel point elles sont différenciées. Les activités de construction sont rares chez les filles, de même que les jeux de bousculade ; alors que les activités de langage ou les jeux de ménage sont beaucoup plus fréquents (René Zazzo, Directeur du laboratoire de psychobiologie de l’enfant, Paris).
Tout ceci est-il dû aux acquis, à des stéréotypes assimilés inconsciemment ?
Le croire, c’est se foutre du monde.

Certes, la psychologie enfantine se façonne par des modèles de comportement. Ceux des parents, de l’entourage familial ou amical, plus tard de l’imaginaire à travers les fictions (Batman, le Capitaine Fracasse, Tintin, etc).
Mais qu’est-ce qui fait choisir tel ou tel sorte de modèle ? Des préjugés culturels, à 4 ans ?
Foutaises !

S’il se vérifie que le goût des jeux de bousculade est largement hérité génétiquement, que vas-tu faire, petit serpent ?
Le dressage en férocité ? La chimiothérapie ? Le scalpel ?


Jugements sexuellement orientés


J’ai fait un long et indispensable détour par le biologique pour dire que, même dans une lutte égale devant des stéréotypes que portent les enfants, les intéressés ne sont pas égaux, parce qu’ils sont différents. « Les différences sexuelles chez les mammifères sont si grandes qu’elles dépassent la frontière des espèces. À bien des égards, les mâles humains ressemblent plus aux étalons et aux taureaux qu’aux femelles humaines », ose écrire Susumu Ohno.

Il y a, pour soutenir l’idée d’une construction des stéréotypes de genre, le fait que les parents ont souvent tendance à porter sur leurs nouveaux-nés des jugements sexuellement orientés. Ils trouvent leur petit mâle plutôt tonique, costaud, et leur petite fille plutôt douce et gentille… alors qu’à cet âge, rien ne les distingue vraiment.
Comment remédier à cela, petit serpent ?
En interdisant par décret ces touchants témoignages d’amour parental, un peu niais je l’admets ?
En enlevant les nouveaux-nés à leurs parents ?
On en arrive là. Comme dans l’ex Union Soviétique. Mais cette filiation-là t’échappe peut-être, petit serpent.

Une tout autre affaire

Qu’on pousse les petites filles à mettre des pantalons (c’est déjà fait), ou à pousser des petites voitures, elles accepteront bien volontiers. Qu’on leur présente la possibilité de devenir plus tard maçon ou grutier, cela les amusera sans doute. Elles sont si gentilles, les petites filles, si désireuses de plaire à la maîtresse !
Elles n’en rêveront pas moins d’être plus tard d’être maîtresse d’école, puéricultrice ou vétérinaire (en ville, car pour ce qui est d’aider la vache à vêler, c’est autre chose !

Qu’on habille les petits garçons à s’habiller d’une robe, qu’on les force à jouer à la poupée ou à la dînette, je crois que c’est une tout autre affaire, alors que leur sexualisation psychique est encore hésitante, fragile comme elle l’a toujours été.

Je suis persuadé que, consciemment ou pas, la lutte contre les stéréotypes sexuels n’est qu’un épisode de la guerre menée par un néo-féminisme combatif, qui se pare des vertus de l’égalité pour établir une suprématie.

Pourquoi ce privilège ?

Sauve-qui-peut, les garçons !
Les femmes et les enfants d’abord, à bord du Titanic ?
C’était normal en ce temps-là. Aujourd’hui, les enfants, d’accord.
Les femmes ? Ne sont-elles pas nos égales ? Pourquoi ce privilège ?

Sauve-qui-peut, si vous ne voulez pas devenir ce qu’elles espèrent, et que sont déjà tant d’escouillés porteurs de génitoires : des aides ménagères, qui soient aussi les déversoirs de leurs rancoeurs.

La gynocratie, c’est aujourd’hui.


Prochain billet : Le Grand Déconodrôme













dimanche 2 mars 2014

Etude d'un oiseau ordinaire

Puisque nous avons la chance de disposer, bien en vue, d’un spécimen exemplaire d’une espèce peut-être en voie de disparition, étudions-le.


Aux origines de l’espèce



Elle est le fruit d’une longue évolution, mais qui n’apparaît comme pleinement organisée, au sens zoologique du terme, que dans les années soixante, il y a un demi-siècle. La communauté scientifique s’est accordée sur le nom de Soixantuitardus (S. attardus dans le cas de notre spécimen). Cette espèce appartient à la vaste famille des Bourgeoisidés, famille fort ancienne dont on sait les vicissitudes récurrentes jusqu’au point d’être menacée d’extinction, mais qui a toujours su prospérer dans un environnement redevenu favorable, dont le dernier est connu comme la période dite « des trente glorieuses ».

Résumons la phylogénèse de Soixantuitardus.

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            Classe              Egalitaria
            Ordre               Occidentalis (decadensus)
            Famille            Bourgeoisidés
            Sous-famille    Bourgeoisidé humilis
            Genre              Sinister juvenus
            Espèce             Soixantuitardus
            Sous-espèce    S. attardus

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Certains naturalistes, et non des moindres, voient dans Egalitaria l’amorce d’une régression évolutive. Cette prise de position explique l’épithète de decadensis dont ceux-ci accompagnent l’ordre Occidentalis. Nous les citons pour mémoire.
Passons à une rapide présentation du genre Sinister juvenus, parmi les autres genres de la sous-famille Bourgeoisidés humilis (B. « honteux », en raison de la propension de cette sous-famille d’imiter le chant de ses prédateurs), puisque S. juvenus est directement rattaché au phylum de notre spécimen
S. juvenus, comme on le sait, a muté dans diverses directions, dont l’une peut être considérée comme l’archétype du genre en raison de son succès sur la scène de l’Évolution, et malgré sa quasi-disparition de nos jours. Il s’agit de Marxistus : plumage écarlate, serres repliées en forme de poing, front en marteau, bec à forme de faucille. Bien qu’en voie d’extinction, on peut encore observer Marxistus chaque année en septembre, quand les derniers représentants de l’espèce se rassemblent aux environs de Paris pour entonner leur chant après avoir becqueté des merguez.
Marxistus a évolué en tant de sous-espèces que la taxinomie veut en faire un genre à part entière, et S. juvenus un sous-genre. Nous n’entrerons pas, pour faire court, dans cette discussion technique. En revanche, il est à remarquer la fascinante diversité des formes apparentées à Marxistus, depuis Tiermondibus au plumage multicolore jusqu’à Brutalis au jabot bombé, en passant par Catolicus, plumage noir marqué d’une croix, ou encore Ecologicus au plumage vert pomme strié de rose, oiseau magnifique hélas handicapé par un déficit en orientation spatiale au point de confondre facilement le Nord et le Sud. La plupart de ces sous-espèces ont en commun un bec en forme de trompette, ou si l’on préfère de haut-parleur, particularité bien pratique pour se faire entendre de leurs congénères à de longues distances.

Admirons en passant l’inlassable ingéniosité de la Nature, sculpteur, je veux dire sculptrice, de tant de formes diverses à partir d’un même, je veux dire d’une même moule ! Et parfois évoluant, sous la pression darwinienne, d’une forme à l’autre, comme certains représentants de Marxistus perdant leur plumage rouge au profit d’une livrée de teinte bleu marine…
Mais ne perdons pas de vue le sujet de notre étude, Soixantuitardus.

L’apparition de Soixantuitardus

Il est à son sujet une observation qui surplombe les autres. Elle ne concerne pas la forme, mais le comportement.
Leurs mœurs, généralement calmes et policés, sont devenus plus grégaires, tout en affichant des attitudes résolument rebelles, attaquant leurs géniteurs avec des cris violents, jetant des cailloux dans les mares où ils pataugeaient autrefois, piétinant les plates-bandes qui les nourrissaient.
Certains spécialistes voient dans ce bouleversement un cas d’évolution disruptive, d’autres comme moi le fruit d’une évolution longtemps sous-jacente, mais foin des querelles de chapelle !
Que s’était-il passé ?
Que trouve-t-on aux premiers stades de l’apparition de Soixantuitardus ?
Cela sera confirmé par l’étude de notre spécimen.

Les premières manifestations comportementales de Soixantuitardus touchent à un domaine bien précis, celui de l’accès aux femelles. Il s’agissait de niquer nicher avec elles le plus aisément possible, sans que les vieux mâles n’y mettent obstacle. Tel était le schéma moteur originel du Soixantuitardus, et les pulsions auxquelles ils obéissaient. Derrière les jacasseries, les ébouriffements de plume, les parades, les défis, une constante : mâles et femelles dans le même nid, libre copulation pour tous. Une poule en valait une autre.
Étrange phénomène : dans tout le règne animal, la femelle se montre toujours plus sélective. On le sait depuis les éminents travaux de Pasteur, Charcot, Du Pont de Nemours et Oswald Spengler, sans oublier Aristophane et Jules Bonnot.
Comment est-il advenu que la femelle Soixantuitardus se soit montrée si réceptive aux appels du Soixantuitardus mâle ? On remarque qu’avec le temps cette réceptivité a diminué. La femelle S. attardus retourne à des lois séculaires, et s’emballe moins facilement. Le retour de l’inné ?

Un spécimen, observation clinique

Notre S. attardus n’a rien d’exceptionnel, et c’est ce qui fait toute sa valeur. S. attardus pullule dans les villes et par les champs, ne négligeant aucune niche écologique, notamment celles que les naturalistes nomment « niches fiscales », douillettes à ceux qui les occupent. On les voit partout où la lumière est forte et les perchoirs confortables, objets d’une âpre compétition. Leur goût pour le fromage est bien connu, de même que la fascinante variété de leurs chants.
Ces caractéristiques n’ont rien de contradictoire, au contraire, avec ce qui a été noté plus haut. Plus le fromage est abondant, plus le perchoir est haut placé, plus la femelle S. attardus se montre sensible aux avances du mâle – quels que soient ses autres attributs.
Notre spécimen, capturé près de Tulle en Corrèze, et désormais installé dans notre laboratoire parisien, confirme cette théorie, mais n’anticipons pas.

Morphologie

Le sujet, de taille modeste, est doté d’une masse adipeuse importante par rapport à sa masse musculaire, et d’un notable capitonnage sous-cutané. La tête est assez développée par rapport au corps (néoténie ?). Les yeux, parfois agrandis en boules de loto, témoignent de l’importance que revêt pour lui le regard d’autrui. Sans tomber dans l’anthropomorphisme, on peut parler d’un narcissisme inquiet.
Les épaules sont étroites, la ceinture pelvienne relativement large. Autant de traits qui permettent de conclure à un dimorphisme sexuel peu accusé. La morphogénèse de S. attardus évoque un processus d’indifférenciation sexuelle. On peut s’interroger sur le niveau de sécrétion d’hormones androgènes (testostérone), in utero et au stade post-natal. Le cerveau semble peu androgénéisé.
Néanmoins, la libido est forte. Le sujet semble attiré par des femelles dominantes. Nous n’avons pas pu procéder à une analyse histologique des organes concernés, mais le caractère cyclique du comportement est symptomatique, sans qu’on ait pu observer d’ovulation ni de menstrues.

Éthologie

Le sujet présente d’évidentes aptitudes à l’expression vocale, typique de sa famille. Des gènes communs avec les psittacidés ont été évoqués. Sans nous prononcer, notons que les aptitudes verbales sont très développées chez les femelles Bourgeoisidés, ce trait confirmant l’efféminisation de la sous-espèce S. attardus.
Le trait le plus caractéristique de S. attardus est l’évidente importance de ses pulsions sexuelles. Les différentes femelles que nous lui avons présenté (en prenant soin d’interposer une vitre) ont provoqué chez lui une exaltation intense, accompagnée d’une réaction étrange. Son crâne s’est couvert d’une substance chitineuse, tandis qu’il émettait une sorte de « rreuh rreuh » évoquant à la fois un roucoulement et le bruit de moteur à pistons.

Psychisme

Le sujet est visiblement doté de bonnes capacités cognitives, et surtout d’une bonne mémoire, au détriment d’aptitudes au raisonnement logique. Il aime visiblement répéter, et s’écoute babiller, penchant la tête sur son aile comme pour quêter l’approbation. On note chez lui, comme chez la plupart des Soixantuitardus, une réactivité intense à certains stimuli verbaux, entraînant une série de rites compulsifs, dont la fonction cathartique est probable.

Conclusion

Nous avons admis l’hypothèse d’une espèce en voie de disparition. Son succès actuel semble la démentir. Mais gardons-nous d’examiner la Nature en référence au temps court.
L’échec d’une spéciation est provoqué par l’inadaptation, née d’une hyper-spécialisation ; une sorte de cul-de-sac évolutif.
Le S. attardus semble illustrer cette loi, à l’instar des dinosaures du crétacé ou du Cervus megaceros du quaternaire, comme le serait peut-être notre actuel paon commun (hors de l’état domestique, sa queue démesurée étant à la fois un appât sexuel et un handicap face aux prédateurs).
J’irai personnellement plus loin. Le S. attardus, quand ce ne serait que par sa focalisation sexuelle, me semble caractéristique, non pas seulement d’une sclérose évolutive, mais d’une véritable involution, un progrès à rebours, qu’on pourrait grossièrement dépeindre comme un sexe doté de capacités ambulatoires minimales, d’un psychisme de plus en plus réduit, dont l’existence dépend toujours plus d’un mécanisme parasitaire, aux dépens de l’hôte qui le nourrit – bien malgré lui.

Ultime précision : dans la classe des Aves, c’est la femelle qui porte le chromosome Y, les mâles étant de caryotype XX.


Chez les oiseaux aussi, la gynocratie, c’est aujourd’hui.

dimanche 23 février 2014

Le roi des Cons

Aux temps anciens de la Grèce pré-homérique et de la matrilinéarité, le roi ne ceignait la couronne que pour un an.
Ensuite, on le découpait en petits morceaux, paraît-il.
L’année est bien entamée, deux mois déjà, comme le temps passe.

A-t-on pensé à élire notre Roi des Cons 2014 ?
Les prétendants ne manquaient pas, mais il a fallu choisir.
J’ai voté pour Manuel Valls. Vous ferez ce que vous voulez.
(Vous savez, Valls dit « Manu-les-valseuses », « Manu-couilles-en-zinc », selon mes espions informateurs de la PP.)

Pourquoi Manu, et pas Mosco-la-croissance, Madame Vincent ou Arnaud-le-redressé ?
C’est que notre Ministre sévèrement burné a réussi à faire un tabac hautement cancérigène à propos de Dieudonné.
Dieudonné, rares sont ceux qui maintenant l’ignorent grâce à une excellente campagne de promotion signée Manu, Dieudonné est l’un de ces amuseurs professionnels, qu’on se saurait appeler humoristes sans dévaluer ce mot.
Du genre Guillon, Porte, et autres. Des amateurs de grosses farces avec un fond de malice agressive.
Manu, confondant critique théâtrale et maintien de l’ordre, a voulu interdire les spectacles de Dieudonné.

Ah ! Cet ordre public, si pratique pour disperser au gaz lacrymogène les poussettes qui roulent à droite ! La Bataille du Landeau a valu à Valls le surnom, décerné par les méchants, de Manuel Gaz (je signale aux lettrés que gaz, en grec ancien, signifie « chaos ».

Encore faut-il que le trouble ait quelque apparence de réalité afin de pouvoir être réprimé, de même qu’il faut un crime pour en accuser l’ « extrême-droite », rue Copernic ou ailleurs.
Klarsfeld le jeune, en bon petit soldat, n’a pas hésité à monter au créneau. Il a promis de s’en charger, avec ses petits copains.
C’est si facilement troublé, l’ordre public. Quelques gros bras, quelques alertes à la bombe, et voilà notre ordre public tout décontenancé. D’une timidité maladive, il est, l’ordre public ! Le secret de la guérison ? Hop ! on envoie quelques CRS, et voilà Manu tout guilleret, droit dans ses bottes conjugalement philosémites.

Car il a fallu que Manuel Valls, sous le coup d’une vertueuse indignation (indignation : toujours vertueuse, pcc Flaubert), cimente son courroux d’une touche toute personnelle : « Par ma femme, je suis lié de manière éternelle à la communauté juive et à Israël. »
On connaît la chanson. L’appel aux sentiments pour faire frémir le bon peuple.
D’ailleurs, moi qui ait un arrière grand-père vigneron (côté femmes), je ne saurais admettre qu’on jette l’opprobre sur les alcooliques, les disciples de Bacchus, les adorateurs de la dive bouteille, sur le « jus de vigne qui donne la joie et l’oubli » .

Bon, vous voyez le genre « moi qui ».

Valls, donc, a épousé une juive. C’est bien son droit, et il semblerait que la vox populi leur attribue une intelligence exceptionnelle. Je n’exclue pas, de ma part, une pointe de jalousie.

Il parait que ce genre d’union culminerait en France à quelques quarante pour cent dans la communauté hébraïque.
Chiffre qui inquiète JSS News (1er janvier 2014), non en raison de sa modestie, mais au contraire pour son excès. Il exprimerait dans la diaspora un « facteur d’assimilation », qui serait « une menace stratégique pour la pérennité d’Israël ».
Manu, par son mariage, serait une menace pour la pérennité d’Israël ? Étrange contradiction, lui qui est lié de manière éternelle et coetera…

Passons.

De même que les dirigeants nazis voyaient des Juifs partout, il y a des gens qui voient partout des antisémites, et qui alors montrent les dents.
Réaction canine, directement issue du cortex primitif, et qui transforme l’individu pensant en un automate imprécateur – et parfois destructeur (de la liberté de penser et de s’exprimer, déjà). Pensée stéréotypée, fruit du « cerveau émotif », facile à suggestionner, qui peut transformer une société tout entière en un camp de concentration intellectuel indolore, comme l’exprime justement Arthur Koestler dans Le Cheval et la Locomotive.
Vaste sujet, sur lequel il n’est pas interdit de se pencher, si l’on n’est pas sujet au vertige.

Revenons à Valls et à ses semblables.
Malgré le danger qu’il y a à être jeté en pâture aux molosses du prêt-à-penser, osons le questionnement.
Il y a quelques années, Dominique Strauss-Kahn, dans la revue Passages n° 35, écrivait : « Je considère que tout Juif de la diaspora, et donc c’est vrai en France, doit partout où il le peut apporter son aide à Israël. C’est pour ça d’ailleurs qu’il est important que des Juifs prennent des responsabilités politiques ».
L’énormité d’une telle déclaration ne sera pas évidente, je le crains, pour les sourds les malentendants et les aveugles les malvoyants qui pullulent aujourd’hui.

Qu’un responsable politique d’une nation quelconque puisse affirmer sans vergogne que sa première préoccupation, son devoir, ce n’est pas de se dévouer à sa patrie, mais d’apporter son aide à un autre pays quel qu’il soit, il y a de quoi s’interroger sur l’état de son équipement cognitif, qui peut être par ailleurs fort bien agencé.
Mais on sait que Dodo-la-quéquette a dans le cerveau un petit quelque chose normalement situé au-dessous de l’épigastre. Il n’est pas le seul, et l’amour rend aveugle, qu’il soit conjugal ou ancillaire.
Remercions encore une fois l’humble servante qui nous a épargné, à nous Français, un Président qui trouvait important de prendre des responsabilités politiques dans le but d’apporter toute son aide à Israël (ce qui peut être louable, dans la mesure où cela sert les intérêts de la France, ce qui reste à prouver).

Klarsfeld junior a pu démobiliser ses troupes de choc. Le spectacle de Dieudonné a été interdit. Les prédateurs du fisc ont repris le flambeau, et  lui cherchent des poux.
Ils réussiront bien à en faire un martyr.
Ah, les cons !

Manu ne m’a pas déçu. À suivre d’un œil distrait le fil de l’actualité, je vois qu’il tient son sceptre d’une main vigoureuse.

Horreur ! Aveuglé par un vieux fond sexiste, j’oubliais d’élire une Reine des Connes.
Mais voilà qu’en foule elles se pressent, les prétendantes.
L’énormité de la tâche m’accable. Pensons à 2015.
Hidalgo peut-être, qui trouve les « Femens » touchantes ? Maman bulldog ? La fée bouclette ? Ségo larme à l’œil ? L’experte en ballon rond ? Pinel qui c’est ?  Duflot l’éolienne ? Le serpent Najat ? Aurélie l’intermittente ? Taubi-ras du Parquet ?

(’mande pardon. Aucune allusion à sa stature, seulement à sa curieuse interprétation de l’indépendance de la Justice).

La gynocratie, c’est aujourd’hui.


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À la suite de la parution de mon billet précédent, un abondant courrier m’est parvenu. Lectrices et lecteurs semblaient ébranlés par mes élucubrations cosmiques et autoritairement argumentatives.
J’ai appris aussi que sur un échantillonnage choisi de la population française, 56 % pensaient que le soleil tournait autour de la terre.

Je tiens à dégager toute responsabilité, et affirme hautement :
- que la terre n’est pas plate ;
- qu’elle tourne sur elle-même en 23 h. 56 mn.
- qu’elle accomplit autour du soleil une trajectoire en forme d’ellipse, en environ 365 jours 6 heures et 9 minutes.


Mission accomplie.

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Prochain billet : Un Oiseau ordinaire




dimanche 16 février 2014

Je ne sais pas...


Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais j'ai toujours éprouvé un singulier agacement, pour ne pas dire une sainte horreur, pour les gens dont le discours commence invariablement par : "je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais..."
Cet hypocrite appel du pied, suggérant une complicité dont je n'ai que faire, me donne aussitôt l'envie d'en découdre -verbalement.
De prendre aussitôt le parti inverse.
Un personnage appartenant à cette triste engeance me conviait l'autre jour à constater que, si j'étais comme lui, je ne pouvais qu'admettre que les jours s'allongeaient.
Hélas, je ne pouvais que l'admettre. Il y a des limites à l'esprit de contradiction, ma maman me l'a souvent dit.
Cependant, poussé par mon démon intime, je lui demandai s'il savait pourquoi.
S'ensuivit une explication, ma foi assez doctement présentée, sur l'axe de rotation de la terre, son cours elliptique autour du soleil ; il me proposa même de me faire un dessin, sur la nappe en papier du restaurant.
Son âme généreuse ne pouvait me laisser dans l'ignorance.
(On le sait, les socialistes ont le coeur sur la main, et ils ont réponse à tout. Il leur arrive même de ne pas se tromper, sinon en gros, du moins dans le détail)

Mon petit démon agitait ses ailes noires.
- Mon vieux, tu te goures complètement, avec tes histoires d'axe et d'ellipse. Si les jours sont plus longs et été, c'est que la terre ralentit. Elle tourne moins vite.
- ???
- Elle ralentit à cause des frottements.
J'eus le plaisir de voir ses yeux s'écarquiller, et ne lui laissai pas le temps de se ressaisir (c'est comme ça les débats : tenir le crachoir sans faiblir, même en disant des inepties. J'enchaînai donc :
- Les frottements dus a l'atmosphère, plus ou moins dense selon la température !
- Mais...
- Tu n'ignores pas que je suis marin (ça, c'est l'argument d'autorité). En tant qu' homme de mer, tout ce qui touche aux mouvements de l'atmosphère, fronts chauds, fronts froids, anticyclones, m'est familier.Tu sais que l'air chaud monte. C'est d'ailleurs ce qui provoque ce que nous appelons les dépressions, et que vous autres terriens appelez le mauvais temps. Quand l'air chaud monte, la pression atmosphérique diminue. Les frottements sur l'écorce terrestre sont moindres, la terre accélère sa rotation, les jours sont plus courts.

Son front se plissa, puis son visage s'illumina d'un sourire triomphant (réponse à tout, je vous dis !).
- Mais justement c'est l'été, quand il fait chaud, que les jours sont plus longs. Alors !
J'avais marqué un point.
- C'est que tu ne tiens pas compte d'un paramètre essentiel, c'est celui de la formidable inertie de notre planète, une masse de plusieurs milliards de tonnes (à vrai dire, je n'ai jamais pesé la terre, mais je ne dois pas être loin du compte). L'effet de cette accélération, dont la cause se situe en effet pendant l'été, ne produit sa conséquence qu'avec un décalage de quelques mois, et atteint son optimum au moment du solstice d'hiver. Le phénomène inverse…
- Excuse-moi, je suis un peu perdu.
Trente a rien. Thirty love, comme disent les Anglais.
- C'est pourtant simple. En hiver, la pression atmosphérique augmente tendanciellement (tendanciellement, c'est toujours chic). La rotation terrestre est freinée petit a petit, et c'est plus tard, en juin, qu'on observe pleinement ce procès (procès, plutôt que processus : déstabilisant ;
procès à qui, pour quoi ?)

Philippe - il ne nomme Philippe - m'a opposé toutes sortes de bonnes raisons : la durée immuable de la rotation terrestre, l'application de ma théorie aux antipodes, les photos des satellites. J'avais moi aussi réponse à tout. Je lui répondais anneau de Moebius, photos truquées, collusion russo-américaine.
Il a fini par se lever, après avoir payé l'addition, prétextant un rendez-vous.

Victoire par abandon.
Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais on n'en fait jamais trop pour se débarrasser des socialistes.

Prochain sujet, dimanche 23 février : Le Roi des Cons